trail de la sainte victoire
Voila un récit qui tomba totalement à plat lors de sa publication. l'entrée en matière trop abstraite. Surtout ne pas se prendre la tête. Il est vrai que je n'étais pas motivé pour véritablement communiquer. Le trail de la Sainte victoire. Déjà accoler ces deux mots relève de l'attelage, figure de style consistant à accoler un mot concret à un mot abstrait. Trail mot qui évoque la boue, la sueur la souffrance. Victoire mot abstrait allégorique..

Ce matin la sainte victoire est là tel un fier vaisseau de pierre qui fend la brume, presque éternelle, comme l'ont vu cezanne et tant d'autres. Un ilot de nature au milieu de la jungle des routes et de l'entrelacs des bretelles d'accès aux autoroutes. Dans cette région hyper urbanisée qui va de Marseille à Toulon, c'est un ilot en sursis j'espère à durée indéterminée. Je la regarde incertain en proie au doute. que va t'il se passer ? Comment avec le peu d'entrainement spécifique mon corps va t'il réagir à cet effort? J'y vais avec très peu d'entrainement spécifique montagne. J'y vais au culot. J'ai fait un rêve. que j'étais un de ces traileurs surs d'eux cohérents en apparence, sans aucune contradiction ni névrose, toujours d'humeur égale, sociables gais optimistes. L'animal machine vu par Descartes.. Somme toute parfaitement en cohérence avec les valeurs de compétition et de concurrence qui fondent notre société. A l'insu de leur plein gré. Érigés en modèles social.

Le coup de sifflet du départ me tire de ma rêverie. Je dois faire avec mon corps. Je me place dans les 100 derniers. Départ tranquille. Ça démarre en cote et en trombe par une boucle autour du village de ROUSSET et c'est véritablement parti. J'ai franchi le rubicon . Les premiers sont déjà loin. Pour tenir 10 kms/h de moyenne sur ce parcours il faut tirer à 17/ 18kms / h sur les portions "roulantes" .

Le sentier se déroule paisiblement à travers vignes. Presque une vision de Normandie. Déjà quelques ralentissements au deuxième kilomètre alors que l'on passe sous un pont. Ici le chemin est assez roulant et monte en faux plat. on peut donc tenir un 10 km/h tranquille.

On s'approche doucement de la muraille . C'est d'abord le pas de magnan à 460 m d'altitude. La piste et le chemin laissent tout loisir pour admirer le paysage mais déjà certains se déchainent .

Le chemin se dirige ensuite vers le collet blanc de suberoque à 520 m d'altitude puis prend un virage à 90°. C'est un belvédère sur la sainte Victoire. Le soleil commence à chauffer impitoyable. Tous les espoirs d'une journée fraiche disparaissent. La sainte victoire se laisse désirer et se rapproche tout doucement

Entre la végétation rase on entend les souffles des coureurs . Il est possible d'être seul et je recherche la solitude pour mieux me fondre avec le paysage Le grand vaisseau de pierre s'arcboute et nous voila au pied du mur dans tous les sens du terme . Voici donc enfin le fameux pas du clapier plus de 200 m de semi escalade avec un départ à 736 m d'altitude pour atteindre presque 1000 m d'altitude.

Si il n'y avait qu'un souvenir à garder ce serait celui la. Dans cette portion je suis bien. J'aime les murailles verticales qui demandent un effort qui me convient parfaitement . Je double donc quelques personnes. Nous voila sur la crete pour prendre la direction du signal puis de la croix de provence et, enfin du col au dessus de vauvenargues. Un mince filet de sentier serpente entre les éboulis. Il faut sauter de pierres en pierres. C'est ludique ça me rappelle mes vacances à la plage ou je sautais de pierres en pierres sur les jetées.

Une fois atteint le lieu le prieuré, ou se massent curieux et amis, le tracé redescend sur vauvenargues par le chemin des venturiers. C'est 600 m de d- d'un seul coup sans arrêt. D'abord un chemin raide dans la pierraille croulante et ensuite une piste très raide, bétonnée par endroits. Casse pattes à souhait. Descente à 10 kms/h. Les cuisses sont en fusion. A ce stade ca va encore pour moi.

Une fois dans la vallée suit alors la longue remontée vers la crête et le pic des mouches . A ce moment lors d'une petite descente je ressens une crampe à la cuisse gauche. Heureusement fait suite de la montée qui me repose un peu. Je suis encore bien et monte à mon rythme soit entre 4 et 5km/h. Je n'aurai plus aucune crampe par la suite. Peu à peu je remonte du monde. De temps en temps je me retourne pour regarder le paysage qui s'élargit de plus en plus. Vers 500 m d'altitude on atteint le sentier dit des plaideurs qui monte enfin . Nous croisons de nombreux randonneurs qui s'écartent gentiment pour nous laisser passer tout en nous encourageant.

On atteint la longue crête qui pointe dans la direction du pic des mouches au col de suberoque à 941 m d'altitude. Nous passons successivement à la brèche de genty, au bau de l'aigle et, enfin, atteignons le pic des mouches. En attendant ce ne sont que soubresauts du mastodonte de pierre. De temps à autres des randonneurs, parfois accompagnés d'enfants, nous encouragent. C'est à ce moment précis, alors que tout allait bien, que je commence à me demander ce que je fais la. Je préfèrerais m'allonger dans l'herbe et faire une bonne sieste d'autant qu'il fait chaud.

Nous arrivons alors au col d'où part le chemin raide qui descend sur puyloubier. Juste la, comme le dormeur du val, un coureur pale et, autour de lui, des bénévoles qui s'affairent et appellent le médecin. La descente sur Pyloubier se passe en pleine canicule. Après l'oratoire de malivert, à 776 m d'altitude, pas un souffle d'air. Je dépasse pas mal de coureurs qui marchent en proie aux crampes.

Je reste quelques minutes avec l'un d'eux. Nous ne parlons pas trop. Il s'excuse presque de son manque de conversation. De toutes façons je commence déjà à être trop fatigué pour être ouvert au monde extérieur.

Arrivée à Puyloubier. 30ème kilomètre. Il ne reste "que" 20 bornes. Un peu moins de 5 heures de course. Nous avons fait le gros du dénivelé. Je compte donc mettre deux heures pour rallier l'arrivée. Il en faudra en réalité beaucoup plus. Sur ce versant de la montagne abrité de la moindre brise la chaleur est accablante. Plus de 20° c sans un souffle d'air. De plus c'est relativement monotone. Après 500 m sur la route le tracé prend un chemin sur la droite . L'itinéraire coupe la départementale au niveau d'un oratoire puis se dirige vers l'ermitage de st ser.

C'est un lieu qui incite à la prière et au recueillement. En d'autres temps je me serais arrêté pour méditer au dessus du vide entre ciel et terre. Suit un long tracé à flanc qui doit nous amener en direction du refuge baudino. Autre lieu propice à la méditation.

Mais avant il va falloir affronter 200 m de D+. Je n'avance plus hypoglycémie, hyperthermie, je ne sais. Le refuge baudino est enfin là. Encore un coin de paix et de poésie comme la Provence en réserve. Peu après le refuge c'est un chaos de blocs. L'itinéraire passe à flanc sous le refuge. Il faut s'aider d'une chaine. La roche est assez glissante. On retrouve le tracé du matin . Suivent 10Kms dans les champs et les vignes. Tout en descente qu'ils disaient. Je m'accroche à un coureur qui marche bien. Un dernier regard volé à la montagne sainte victoire ce n'est qu'un au revoir

J'arrive enfin à la salle des fêtes de Rousset. mélange de satisfaction d'en terminer avec un tel entrainement, frustration d'avoir été précédé par tant de coureurs, dont pourtant une bonne vingtaine sont dans les meilleurs traileurs, sentiment de solitude choisie et détestée en même temps.

Ah oui il faut conclure . Je dirais que ce fut une bonne préparation pour le grand raid de la réunion, une belle course et que c'est un très beau trail . Je devrais être satisfait au vu de mon entrainemnt : 3 footings de 10 à 12kms les 3 dernières semaines pour ménager mon tendon d'achille. A noter, dès les 5 premiers kms, gène au mollet droit qui me fera ralentir.. Puis ça passera. Puisse ce merveilleux massif survivre à la pression immobilière, aux pyromanes désaxés qui hantent la provence, et nous enchanter à jamais.

Deux jours après aucune courbature. Preuve que finalement je n'ai pas forcé tant que cela, petite source de satisfaction .
 
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